Archive pour la catégorie ‘Impur’
C’est un personnage secondaire d’une histoire plus vaste.
Un de ces soi-disant médecins dont la préoccupation première n’est certainement pas d’apporter son soutien ni son aide aux gens qui le consultent. Un personnage qui, bien que secondaire, est capable de maintenir sous l’eau la tête de quelqu’un qui se noie. Un assassin, donc.
On a compris, je vais faire de la pub pour un fichu connard, et pourtant je n’en suis pas moi-même la victime. Ce n’est pas non plus le premier que je croise. J’aimerais simplement que les gens qui ont besoin d’aide, voire de soutien moral, évitent soigneusement cet endroit.
Chez lui c’est glauque. En fait, je n’avais tout d’abord pas voulu m’arrêter à ce genre de détail. J’avais trouvé pratique le fait qu’un ORL soit capable de proposer trois heures de rendez-vous différentes pour le jour même. Je ne voulais pas voir que plus un médecin est « bon », plus il est surbooké et plus les rendez-vous sont lointains. Et même j’étais prêt à penser que son installation était récente.
Cela se passe dans la bonne ville d’xxx (mais toute ressemblance avec une personne existant ou ayant existé ne sera aucunement le fruit du hasard). Admettons que c’est en grande banlieue nord, et qu’on y joue bien au ping-pong. Je crois qu’il n’y a pas beaucoup d’ORL, dans cette bonne ville.
J’avais accompagné le lundi après-midi l’un de mes résidents, qui le fréquente assez régulièrement pour des nettoyages consécutifs à une otite chronique cavitaire. Appelé le matin, rendez-vous l’après-midi, on m’avait attribué l’accompagnement sachant que ce jour-là nous étions deux infirmiers en poste.
Salle d’attente : des carrés de moquettes élimés, marron, qui dégagent cette odeur caractéristique d’acariens qui festoient depuis de nombreuses années, jamais dérangés par le moindre shampooing. Le cabinet en lui-même n’est guère plus encourageant : un coin bureau pour les entretiens, les prescriptions (et surtout les règlements), et un secteur « soins » dominé par une haute et lourde chaise orientable, un scialytique et une grosse console où sont entreposés les instruments. Ces derniers surmontés d’un rouleau de Sopalin®. Odeur moins soutenue que dans la salle d’attente. De temps en temps on fait le ménage. Je me prends à espérer qu’on fait aussi de temps en temps le ménage sur cette console, où s’entassent, s’empilent, se télescopent des centaines d’embouts pour otoscope, de speculums, pas mal de boîtes d’instruments, dans un joyeux foutoir. Je me demande au passage si tous ces embouts sont bien à usage unique. Le Sopalin, lui, sert beaucoup.
Quant au spécialiste en oto-rhino-laryngologie, un petit Monsieur à la quarantaine légèrement dégarnie et blonde, mince et sèche, le moins qu’on puisse dire est qu’il ne dégage pas une impression de grande chaleur humaine. Mais il fait son boulot. Je n’ai rien à dire sur ce point. Juste que son cabinet n’est pas trop net.
Alors je finis par oser. J’avoue que j’ai bien hésité, mais enfin, j’ai cet ami, là, que je vais appeler Richard, qui traîne une mycose buccale depuis un an, dont les multiples traitements anti-fongiques ne sont pas arrivés à bout. Il a besoin d’une consultation, et l’occasion est trop belle, on aurait dit que cet accompagnement impromptu était arrangé pour ça. Il veut bien me donner rendez-vous pour le jeudi suivant à 10 heures et me demande de lui résumer le problème. Devant la personne que j’accompagne, en toute discrétion. Alors j’expose, moi aussi assez discrètement, et j’ajoute qu’il s’agit d’un contexte de sevrage alcoolique, que mon ami est abstinent, et qu’en outre il est professeur de batterie et éprouve le besoin de faire un bilan de son audition.
La suite est extrêmement détestable, mais c’est mon ami Richard qui me l’a racontée, puisque je n’ai pas assisté à cette consultation-là.
—Oui, j’ai arrêté de boire depuis trois mois, je suis suivi en addictologie au CH d’Eaubonne
—Ouais, on sait bien que vous y retournez tous, hein… Et pourquoi vous voulez faire l’audiogramme, exactement ?
—Ben, pour savoir où j’en suis…
—Mais ça va servir à quoi ?
—A faire le point, quoi
—Oui, bon, vous avez perdu un peu dans les aigus, vous n’avez qu’à acheter une batterie électronique, ça fait moins de bruit…
A quel moment a-t-on oublié qu’il s’agit d’un professeur dont l’enseignement de la batterie constitue le gagne-pain, et qu’une bonne audition est un peu nécessaire pour continuer à exercer ?
Le dernier point à propos duquel mon ami a eu un peu envie de baffer l’abruti tournait autour de réflexions plus ou moins déplacées à propos de CMU, qu’il ne faisait pas de télétransmission et allait être obligé de faire la feuille d’honoraires à la main… Le pauvre et sombre imbécile.
Je ne peux pas localiser mieux ce bon Docteur Salcon, ORL dans une petite ville du nord parisien réputée pour son club de tennis de table, mais j’espère que ce billet lui fera un peu de pub. Il le mérite amplement, tout comme il mériterait bien son pain quotidien. Dans les dents.
Qu’il sache qu’on parle de lui auprès de ses confrères. Et on en connaît.