Archive pour la catégorie ‘Piqûre’

      J’ai rencontré Jacques Fradin vers l’année 1985, ou 86, je ne sais plus.

      Il venait de commencer des ateliers de thérapie instinctive et comportementale.

      Attention, il ne s’agissait pas d’instinctothérapie, et il s’inscrivait bien en faux contre Guy-Claude, lequel prônait aussi de laisser tomber la médecine allopathique classique y compris en cas de cancer (et plus tard de SIDA, qui arrivait alors). Au contraire, Jacques Fradin, lui, était bien un médecin. D’ailleurs j’imagine qu’il l’est toujours. Et même pas besoin d’imaginer longtemps, suffit de googler un p’tit coup : c’est beau, les outils modernes de copains d’avant et toute cette sorte de merde… Mais continuons. Médecin, oui, et surtout homéopathe, réputé s’il en fut.

      <[parenthèse]>

      Je m’étais rendu à ses ateliers, invité par l’ami C.Magot, kiné de son état et malheureux en ménage. Le but, me déstresser, décompresser d’une situation que je vivais avec douleur, voir plus clair, décrypter certaines contractures surprenantes. Oh, rien de bien difficile au fond. Mais ces séances étaient vouées à l’échec, plombées à l’avance pour une raison bien simple : c’est que mon épouse, que je tenais pour la raison principale de mon stress, était là également.

      Et, passés les premiers moments où, dans ce genre de groupe de thérapie, on consacre quelques épisodes un peu timide-gêné à se présenter, dire ce qui ne va pas dans notre vie et ce qu’on attend, j’ai compris rapidement que j’allais tout bêtement me faire, une fois de plus, voler l’espace de vie personnelle que je recherchais. J’ai commencé à m’exposer, quelques phrases… et puis ELLE m’a coupé la parole et à fini par raconter SA vie à ELLE. Bien sûr, tout le monde s’en est rendu compte, sauf elle, et lorsque JF s’est retourné vers moi, ostensiblement, pour m’aider à poursuivre, eh bien je me suis refermé, et n’ai pas voulu en dire plus long. Fin des fradinades, encore appelées « Écoute instinctive ».

      </[parenthèse]>

      Où est-ce donc bien que je veux en venir ?

      Je voudrais juste exposer comment j’ai fait connaissance, grâce à lui, à une schématisation claire des travaux de Laborit sur les instincts, et sur les répercussions physiologiques des différents « états » :

    • Activation de l’action d’une part
    • Et d’autre part
      • Fuite
      • Lutte
      • Inhibition
      Ces deux « pôles » sont régis l’un par un circuit dit de plaisir-récompense, l’autre par un circuit de souffrance-peur-punition. Ce dernier est responsable de la sécrétion notamment de cortisol puis de cortisone/adrénaline-noradrénaline. (Attention, c’est clairement schématique, hein. Pour la partie neurobiologique, se reporter aux travaux de Laborit entre autres).

      Un déséquilibre entre ces deux pôles fera nécessairement surgir une, voire des maladies. Le circuit de Peur-souffrance-punition est « activé » par une réaction logique à un stress : menace d’un prédateur, menace sur mon beefsteack par un dominant-concurrent, atteinte à ma progéniture… On rappelle ici que les états instinctifs décrits ici sont eux-mêmes des réponses naturelles à des instincts, lesquels sont au nombre de trois : BOIRE, BOUFFER, BAISER. C’est la règle des trois B, bien connue des spécialistes. On peut regrouper boire et manger dans une sur-catégorie « Vivre ». Toute menace sur la vie entraîne une réaction :

    1. En milieu ouvert, c’est la fuite qui prime (normalement, car ensuite il existe des pathologies et des perversions de la réponse).
    2. En milieu clos, regardez les rats, c’est la lutte qui s’impose.
    3. Enfin, lorsqu’aucune solution n’offre la possibilité d’un retour normal à la situation « Activation de l’action », il reste l’inhibition : la proie-mulot se fige et « fait le mort » en espérant que le busard, là-haut, le perdra de vue, car tout mouvement le dévoilera.
    4. Je crois qu’il est clair à partir de là qu’on peut déjà faire quelques parallèles par rapport à certains types de maladies, dont le caractère psychosomatique n’est pas à démontrer (exemple typique de l’infarctus du myocarde : on a le plus souvent affaire à des hommes dont l’expression est la lutte. Autoritaires, tonitruants, buvant sec et profitant de la vie… Au départ il s’agit d’une réponse à une situation de frustration/punition. Cette situation est oubliée mais le stress n’a pas été résolu et donc le retour à l’activation n’a pas pu se faire. Et s’ensuivent des troubles pléthoriques de sur-compensation…) (Autre exemple, la dépression, mais ça…)

      Pour Fradin, être capable de se mettre à l’écoute de son corps pouvait revenir à faire un diagnostic précis de la situation de stress qui avait engendré tel ou tel symptôme particulier. Par exemple, une douleur ou une contracture musculaire située sur la cuisse, ou encore une clonie de cette même zone, pouvait traduire un désir de fuite, en réaction à une menace. Il s’agissait bien d’instinct au sens le plus basique du terme, puisqu’il fait appel à la partie reptilienne de notre cerveau, de celui en tous cas que nous possédions AVANT d’appeler un chat un chat. On l’appelle le rhinencépale et c’est lui qui traite les odeurs. Comme chacun sait, l’olfaction est le sens premier (1ère paire crânienne). Mais je ne vais pas faire que des phrases à double sens, non plus. C’est aussi par l’olfaction que l’on peut se plaire. C’est-à-dire évaluer la quantité respectives d’oestrogènes ou de testostérone qu’on va trouver chez l’autre.

      J’ignore quels furent les développements ultérieurs des techniques que Jacques Fradin était à l’époque en train de mettre au point, il y a déjà vingt-cinq ans. Mais je ne doute pas qu’il a bien avancé dans cette voie, attendu que ce type-là était (est) brillantissime. Comme j’avais trouvée brillante l’idée selon laquelle l’Homme, seul mammifère du règne l’animal à éprouver le besoin de consommer le lait d’une autre race mammifère au-delà de la période normale de sevrage, était également la seule race à connaître l’ostéoporose. Bon, ça peut se discuter. Eh bien, bonne chance. Je crois que c’est la première fois aujourd’hui que j’effleure un peu mon passé personnel.

    

    Samedi, décembre le 19. Un billet sans sujet, juste pour le plaisir d’écrire
    Levé tôt (6 heures), avant même que Chuck.hc n’aille se coucher. Une fois V. partie bosser, et après qu’elle m’ait appelé pour dire qu’elle était bien arrivée, quelques moments personnels de rêvasserie autour du Bubblebreaker de mon téléphone, en laissant la bride sur le cou aux déroulements de mes pensées.
    Allumé l’ordinateur à 8 heures.
    Le premier acte, après la lecture des mails, consiste à aller, en administrateur, corriger les fautes géantes sur le blog de Chuck.hc. C’est du boulot, mais ça met en train.
    Pendant ce temps, je repense à la neige et à la moto. Pas question de rejouer à ça aujourd’hui. Hé Ho ! je suis en vacances ! S’il veut vraiment sa prise de sang, il prendra le train, c’est pas si loing (= long+loin). Mais il vaut mieux qu’il aille se coucher. A la place il scannera ses derniers résultats de CDT et changera la date. Ça ne sera qu’un péché mineur, puisqu’on sait qu’il est totalement abstinent depuis bientôt quatre mois. En fait, le mariage impossible de la neige et de la moto fut la raison principale de mon abandon, l’année dernière, du statut libéral de mon métier d’infirmier. Infirmier libéral à Paris, je pense que c’est incompatible avec une voiture. J’ai fait il y a longtemps déjà un choix et je suis devenu motard. J’y reviendrai sûrement de temps à autre. Dans la catégorie « allure »
    Et maintenant voilà, je travaille dans une MAS à trois kilomètres de chez moi, et je pourrais aussi bien y aller en Mobylette.
    [Parler de mon métier sera sans doute un des centres principaux d’intérêt de ce blogue en devenir. Les billets correspondant figureront en catégorie « Piqûre », et je mettrai en sous-catégorie le « Bromure and Rocur » qui existe déjà, pour les connaisseurs]. Qu’est-ce qu’une MAS ? Une Maison d’Accueil Spécialisée. On y héberge des adultes en situation de handicap psychique, pour lesquels il n’est pas envisageable de se mélanger avec vous et moi. Autrement dit, il s’agit d’un lieu de privation de liberté, et on y reviendra aussi.
    (Et non, c’est pas la peine de le faire, le jeu de mots : on le connaît, je sais, je suis infirmier à la masse, et je soigne des gens à la masse, d’accord, mais maintenant que c’est dit, on n’a plus à y revenir, hein ?)
    Allez, la suite.
    9 heures, après un peu de lecture, un flot de sujets possibles. « la vie d’un dépressif », « comment réussir à échouer »(Paul Watzlawick, traduit par Anne Lise Hacker—(!) je n’invente rien !) « Journal d’un geek dépressif », « le hacker amoureux ». Quelques titres possibles de billets futurs. Ah, « Futur ». Ça, c’est une bonne catégorie. Comme « Lecture ». On mettra « Usure » en sous-catégorie là-dedans. C’est fou ce que je fais comme parenthèses. Qui, comme on peut se douter, sont des thèses parentes. Non, juste une autre parenthèse lacanienne.
    Donc un autre grand thème consistera à parler un peu du grand Chuck.hc, de quand il faisait semblant d’aller bien en buvant du rosé, de comment il allait mal quand sa copine s’est mise avec un jeune con qui boira de la vodka quand il ne conduira plus, c’est-à-dire bientôt, et de comment il ira bien quand il arrêtera de se dire « mais qu’est-ce que je suis mal ! »
    Ah oui, et aussi à dire comment il me fait penser à mes propres périodes de dépression. Je ne peux pas comparer, et aucune expérience ne peut servir de leçon ni d’exemple. Fidèle à ma méthode cependant, je glisse de temps en temps des graines qui peuvent, s’il sait s’en occuper, germer en pensées positives, ou servir à lutter contre les négatives. Et pour commencer, il faut bien savoir que ni l’auto-analyse, ni une documentation solide, ne sont d’une quelconque utilité. Au contraire, elles jouent un rôle plutôt négatif.
    Il ya ceux qui s’écoutent parler, et ceux qui se lisent écrire (j’en suis). Enfin ceux qui se regardent penser. Ceux-là ont un deuxième train de pensées, qu’ils prêtent à d’imaginaires spectateurs : « qu’est-ce qu’il est intelligent, ce garçon », tout en se répétant « mais qu’est-ce que je peux être con ! »
    On y reviendra. Sur l’ambivalence, sur ma propre vie et sur celle d’autres, comme Chuck.hc.

    Quelques références…
    Raymond Roussel, Ian Watson, Paul Watzlawick, M.F. Hirigoyen, etc, et tant d’autres. N’oublions pas Carlos Castaneda, qui, bien qu’il ait signé une monumentale arnaque, m’a été très utile.

    C’est le titre de la catégorie qui reste à décrypter. Pour le reste, voici une réponse en forme de billet, ou plutôt un billet en forme de réponse…
    Dédié à Cath, une sorte de coreligionnaire qui administrait les grands lavements en service fermé les mercredis. Une infirmière qui ne regrette pas de ne plus l’être, de la part d’un autre qui aurait bien aimé cesser aussi.
    J’ai, l’année dernière et à la faveur d’un héritage, arrêté totalement de bosser, pour me consacrer à la société de graphisme/webdesign que j’ai fondée avec Chuck.hc. Quand des gens sont venus transformer les soldes de mes comptes en zéro absolu, j’ai dû m’y remettre, mais je dois dire qu’à moi non plus ça ne manquait pas. M’y revoilà, alors je fais avec.
    C’est vrai qu’écrire est d’abord un plaisir solitaire. Être lu répond à l’angoisse du regard des Autres. En tant que mère maquerelle des mots que j’aime à marier, voici l’histoire que je propose : Monsieur Regard des Autres rencontra un jour Mademoiselle Image de Soi. Ils se marièrent et eurent de nombreux petits billets sur le web. Advint ce qui devait : l’un d’eux prit le Pouvoir. Monsieur Regard des Autres rédigea pour être lu, et recevoir un jugement, de préférence négatif. Bien sûr il en conçut de la frustration, et pour bouder, confia ses billets à son épouse, qui n’avait cure d’être jugée et aimait plus que tout se livrer à des exercices de style pleins de licence, ce que Monsieur trouvait parfois léger. Alors les billets ne furent plus que jolis, ce qui engendra une nouvelle frustration.
    Mais un jour ils firent un bilan, et à nouveau se réunirent pour qu’enfin nul, du fond ou de la forme, n’ait plus jamais préséance.
    J’aimerais que ce lieu soit le petit-fils du couple originel. Garder voisins la profondeur et la légèreté.
    J’aime bien ce que j’écris, et cela me procure du plaisir. Par contre je tiens à ce que chaque phrase ait un contenu, dont le plaisir plus subtil pourrait durer plus longtemps.
    J’aimerais bien, aussi, qu’on recommence à vider les intestins des psychotiques. Peut-être pas à date fixe ni au bock. Mais bon sang, ça ne prend pas longtemps, un petit Normacol® !
    ;) ;) ;) ;) ;) ;)

    Je me présente : Dr Caca, infirmier à la masse et expert en transits ralentis.
    Aujourd’hui je vous parlerai des effets des traitements psychiatriques, destinés à induire une sédation psychique. De même que pour les opiacés, ainsi que les antalgiques « morphin-like » comme le tramadol, ces produits agissent sur le système nerveux central. Sans parler des effets addictogènes, ni de l’action sur les centres du plaisir, tous ces produits sont des ralentisseurs. On se préoccupe, noblement, des contre-indications portant sur l’insuffisance respiratoire. Très bien, mais je soulèverai ici deux problèmes, quitte à les reposer si aucune réponse satisfaisante (et je pèse mes mots !) ne vient me soulager (et je les re-pèse !) :
    1. Quand trouverai-je sur mon chemin un psychiatre qui n’aura pas oublié qu’il a fait de la médecine « en général », et qui saura prescrire en même temps que ses neuroleptiques et autres anxiolytiques, les laxatifs au long cours nécessaires pour compenser cet effet indésirable : ne pas arriver à chier ! Rappel : ce qui ralentit la tête ralentit aussi les autres fonctions. Et il y en a marre de devoir aller faire évacuer les fécalomes de nos malades « psy » aux urgences avec une régularité angoissante. Pensez-y. Également, rappelez-vous qu’un des symptômes les plus fréquents du fécalome est la diarrhée. S’il vous plaît, sachez reconnaître que 99 % des diarrhées présentées par un malade ou handicapé psychiatrique traité sont des « fausses » diarrhées, dont la physio-pathologie est des plus simples, et arrêtez de leur faire manger du lopéramide ! C’est une catastrophe. Et d’ailleurs on devrait interdire la pub pour cette molécule. Point-barre.
    2. Comment accepter que pour donner du macrogol et/ou du lactulose, laxatifs inoffensifs, que n’importe quel semi-gogol jouissant de la liberté d’aller et venir peut se procurer à la pharmacie du coin, je doive, moi qui ai fait trois ans d’études sanctionnées d’un diplôme d’état, obtenir d’abord une prescription médicale ? J’explique la difficulté parce qu’on pourrait ne pas comprendre : j’exerce dans une institution publique où le poste de médecin généraliste est vacant depuis déjà longtemps, et je n’ai pas le droit de demander ce type de prescription à notre psychiatre (il le ferait volontiers, mais il y a des problèmes de déontologie qui nous emm…). Il faut par contre que j’organise une sortie avec accompagnateur chez un généraliste de ville, et cet accompagnateur ne peut pas être moi-même, puisque pour être missionné nous devrions être deux infirmiers. Tout ça pour un pet de travers !
    Je sais bien que ma profession évolue actuellement, avec une lenteur toute sénatoriale en fait, et donc qu’un jour ça changera. Je sais bien que déjà on peut (en libéral) prescrire trois compresses pourvu qu’elles aient d’abord été prescrites par un médecin, mais c’est triste, quoi. En être réduit à demander confidentiellement aux familles d’aller acheter en loucedé des laxatifs… Je suis triste. et le pire, c’est que je sais bien pourquoi ça ne change pas plus vite. D’ici que ma profession ait été purgée de tous ses sous-doués… (Ah vous me dites qu’il y en a aussi chez les chirurgiens et les médecins ??? Ah bon ?! Ouais, mais eux, ils ont le permis de tuer, donc… on la ferme.)
    Donc, pour faire mon rebelle, je n’ai aucun état d’âme. Si, à quatre ans de la retraite, on vient me faucher mon DE parce que j’aurai administré sans prescription médicale des laxatifs inoffensifs à des gens qui en ont besoin, alors allons-y, je saurai me défendre, en premier lieu contre les frileux de la prescription qui n’assument pas les effets « sous la ceinture » de leurs molécules zen.
    On ne va pas s’énerver. Si une collègue a envie de commenter, you’re welcome. Petit détail : J’ai connu à peu près TOUTES les formes d’exercice de la profession d’infirmier, depuis le libéral en passant par les urgences, la réa et tout ce qui s’ensuit, le palliatif, etc, et les EHPAD. Je n’ai pas d’œillères. Juste ça fait des décennies que j’essaie de changer de métier sans y parvenir.

    Impossible Chronique
    mai 2012
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