Archive pour le 30 janvier 2010
Ce petit billet est destiné à celui qui ne manquera pas, un jour ou l’autre, de « tomber » là-dessus, soit par hasard parce que j’aurai laissé échapper de quoi m’identifier, soit parce qu’il aura bien cherché, et alors il trouvera.
Il lira avec les yeux de la haine au pire, avec ceux du mépris au mieux.
Je ne compte pas modifier ce parti pris avec ce seul paragraphe. Ni avec les suivants. C’est FINI.
A moins que.
En quoi ce titre se rapporte-t-il à ce billet ??? Mystère… C’est en rapport avec une gêne que le garçon orange éprouve à cause du traitement un peu lourdingue qu’il prend actuellement. Vous savez, celui qui s’intéresse aux expressions de la langue française… Et comme j’aime bien les mots en « ure »… Tiens, il y aura bientôt une catégorie « progéniture ». Mais rien à voir.
On attend encore, à ce jour, qu’il cesse le combat d’arrière-garde de sa reconquête. Celui-là seul, en fait. Que cet immense moulin à vent qui l’occupe cesse d’être un ennemi à vaincre. Que le « Chevalier à la triste figure » veuille bien rendre les armes, en acceptant d’avoir perdu. J’ai pas gagné, qu’on n’en parle plus, l’envahisseur est sur le terrain et plus aucune résistance ne peut plus s’exprimer. Plus d’attentats. Aujourd’hui les enfants des enfants des occupants ont oublié que leurs aïeux ont livré un combat et s’en foutent royalement. Quelques-uns rêvent encore d’Occitanie ou de Bretagne indépendante, mais la plupart sont heureux d’être français, ou encore ont bien mayonnaisé leurs origines.
Des expressions, je ne vais pas en donner des tonnes. Il faudrait qu’elles se présentent à l’esprit, et que précisément à ce moment je sois en mesure de les consigner dans ce blog-notes. Mais voici au moins quelques clichés, en vrac. (Après « rendre les armes » et « combat d’arrière-garde », laissons de côté le langage militaire pour y revenir plus bas.)
Laisser aller. Lâcher prise. Abandonner la partie. Nager dans le sens du courant. Se maintenir à flot. Partir à la dérive. Décrocher. S’accrocher aux branches basses.
Fromage OU dessert. Amour OU liberté.
L’amour ne devrait pas se décrire comme une guerre. Il ne devrait pas se raconter en terme de conquête, de reconquête, ni de défaite ou de territoire à conserver. L’amour n’est pas un moulin à vent ennemi.
Mais où sommes-nous, là ?
Vous rendez-vous compte qu’on se prend à aller vérifier régulièrement, à pas de loup dans sa chambre, s’il respire toujours ?
Alors non, ça ne va pas. On veut s’assurer qu’il n’a pas pris la boîte de médocs entière, histoire de se « mettre en sommeil ».
En vérité, ils sont nombreux, à faire ça. Je parle de ces gens un peu extrêmes, autant dans leurs souffrances que dans leurs joies. En phase dépressive, les risques de passage à l’acte sont toujours présents, en particulier lors des changements de traitement.
Sauras-tu ne pas faire ce que font les autres ? Faire preuve d’un peu d’originalité ? Et cesser de faire peser sur tes proches toute la culpabilité de n’avoir pas su empêcher le terrible geste ? Je n’aimerais pas vivre cela. Et plus je le vois évoluer, ou plutôt NE PAS évoluer dans le courant de sa dépression (pas d’erreur : il s’agit bien d’une dépression grave, non d’un épisode dépressif), plus j’ai peur. J’ai moi-même, par le passé, failli ne pas me rater. Alors laissez-moi avoir peur, et penser que maintenant il faut prendre des risques.
[[J'ai juste effleuré la possible bipolarité thymique de sa psyché. Je pense pouvoir développer ailleurs ce point, auquel je crois, donc on y reviendra, forcément, et en attendant, trouvez-nous une branche basse. Le bouleau, par exemple, ou le boulot] ]
Parce qu’il se raconte et se re-raconte son amour perdu en travestissant la réalité, il se fixe sur un moment de son histoire personnelle en n’avançant plus nulle part..
La réalité de son amour ? Parlons-en un peu. Ça fait mal, quand j’appuie là ?
Attends un peu, t’as pas fini.
Je pense qu’à ce stade de l’histoire, tu as dû t’apercevoir que ce n’es pas parce qu’on a arrêté de mentir que pour autant on se met à dire la vérité. Rappel des faits.
Tu as vingt-quatre ans, et tu te branches avec une nana qui en a 16. Toi tu changes d’histoire d’amour (déjà avec une fille bien plus jeune que toi), tu en largues une tout en conservant avec elle de nombreuses relations, dont le but inavoué est de te permettre de te biberonner sérieux, car déjà tu bois, et déjà tu mens. Bien sûr, les premiers moments sont merveilleux (sauf que t’as déjà pas TOUT dit). Mais ta nouvelle amie vit-elle cette histoire sur le même registre que toi ? Je ne le crois pas, pour elle c’est un premier amour. Contrairement à ce que tu laisses croire, vous n’avez jamais vécu ensemble, à part quelques courtes périodes de vacances. Vous avez tous deux habité chez vos parents, et ça fait une sacrée différence par rapport au discours selon lequel vous avez « construit ensemble ». Au cours de ces vacances, je crois me rappeler que tu t’es toujours ménagé des moments où, seul, tu pouvais faire quelques « courses », par exemple t’envoyer deux-trois godets, du qui fait pas trop sentir l’haleine…
Pour ce que nous avons pu voir de vos relations, je n’ai pas eu, moi, l’impression d’assister à un conte de fée. Entre les nombreuses réflexions ironiques sur sa stupidité et les multiples épisodes où tu l’as bordée, lui as chanté une berceuse quelconque puis plantée là pour aller siffler ton cubitainer de rosé, je n’ai pas vu tellement de moments roses partagés.
Nous avons tous bien vu que cette histoire devenait trop lourde pour une S. trop jeune.
Je ne sais pas, j’avoue, si c’est bien de faire du mal à quelqu’un qui souffre déjà. Mais si on considère qu’il souffre pour de mauvaises raisons, il peut être bénéfique de lui montrer à quel endroit se situe réellement sa douleur. Non ? Je me trompe ?
Mais bon, arrête !
Ce combat, si vraiment tu veux appeler ça un combat, est perdu. Encore une fois, on ne devrait pas parler en langage militaire. Il y a derrière cela des significations de mâle dominant éconduit, sur un terrain de compétition, qu’il me gêne de laisser voisiner avec un amour prétendument partagé. L’amour doit être une CONVERGENCE, non une confrontation. Quand l’un aime encore et que l’autre n’aime plus, alors c’est une divergence, l’histoire s’arrête, point-barre, on change d’histoire et on cesse de pleurnicher sur son propre sort (ça fait mal aussi, là ?). Du moins au bout d’un temps de deuil raisonnable.
Voilà, nous sommes une famille unie, quoique recomposée. Les êtres qui la peuplent sont sensibles, pudiques, n’aiment guère s’exposer, mais savent qu’ils aiment et sont aimés. Ils savent qu’ils sont là les uns pour les autres. Je voudrais t’aider. Voudras-tu bien accepter l’idée d’une réciprocité ?
Je m’explique : nous te savons gré d’avoir conscience que nous sommes là pour toi. Tu nous en a remercié. Sois un peu là pour nous aussi, tu verras que tu en retireras du plaisir.
Et puis, n’oublies jamais un détail : moi 56, ta mère 53, nous ne ferons pas un jour de plus que nécessaire de boulot. Dans peu d’années nous ne pourrons plus subvenir. Et de même que, tu l’as vécu, la vie peut basculer en une seconde, certaines échéances qui paraissent lointaines arrivent bien plus vite qu’on ne le croit.
A toi de jouer, et de gagner.